Joyeux lendemain de la saint valentin

 

Akira sortit rapidement de son appartement pour rendre visite à Shiki dont la mobilité avait été réduite. Le personnel de l’hôpital connaissait déjà son visage et le saluait à l’entrée. À cette heure, les patients étaient déjà alités tandis que les infirmières s’occupaient des cas urgents. Akira avança jusqu’à la porte et eut une hésitation avant de toucher la poignée. De l’autre côté de la pièce, une chaise roulante était placée face à la fenêtre et dessus on pouvait apercevoir une masse avachie couverte par un haut en laine. Le jeune homme s’approcha de la fenêtre et en toucha le rebord.

­- C’est joli à cette heure non ? Toutes ces lumières qui s’allument… dit-il.

Shiki ne bougeait pas. Akira savait qu’il ne bougerait plus un certain temps. Mais il avait peur qu’il ne refasse plus du tout surface.

Le visage de ce dernier lui paraissait toujours aussi beau et depuis la première fois qu’il l’avait vu, cette fameuse fois où il avait failli se faire découper par lui, Shiki n’avait pas pris une ride. Akira le mit sur son lit. Il souleva quelques centimètres de pull-over emportant malencontreusement le tee-shirt qui se trouvait en dessous. Il sentait déjà ses oreilles devenir rouges car ces mois étaient synonymes d’abstinence. Ce corps lui manquait. Il avait envie de faire un avec lui. Il continua le geste en tirant d’un coup sec vers le bas le tee-shirt noir. Il faisait toujours la même opération chaque soir. Avant de le recouvrir d’une couette, il s’allongea près de lui, se blottissant dans ses bras.

 

La pièce autour d’Akira semblait lugubre. Des tuyaux fuyants qui étaient sous le point de s’effondrer et une odeur d’humide. En levant la tête vers ses mains il pouvait s’apercevoir qu’il ne voyait rien mais sentait des menottes le garder attaché.

- Alors, déjà réveillé ? dit une voix grave mais un peu nasillarde.

Ses côtes lui faisaient mal et il sentait des égratignures sur la totalité de son corps. Il ne savait plus ce qu’il faisait là et alors qu’il se posait la question, la voix lui parla à l’oreille.

- je suis venu jouer un peu avec toi. J’espère que tes plaies ne se sont pas refermées.

- Shiki ?! Qu’est-ce que tu…

Il avait déjà vécu des scènes similaires quand il était retenu prisonnier à Toshima. Il sentit tout à coup du métal froid parcourir les courbes de son visage puis s’arrêter sur sa bouche. Il ne voyait rien mais pouvait clairement reconnaître un couteau, le sien. Se taisant par peur, il attendait la fin du supplice. Le couteau s’envola mais une odeur apparut dans la pièce, une odeur sucrée et acide. Akira sentit une goutte tomber sur son épaule puis couler. Le liquide froid lui donnait des frissons et envoyait une certaine excitation dans le bas de son ventre.

- Rien ? demanda Shiki.
Une seconde goutte, plus grosse, coula sur le cou d’Akira descendant ensuite sur son torse dénudé. Une douleur horrible le frappa comme si sa peau était fraîchement découpée. Il poussa un cri strident puis commença à respirer à vive allure, essayant de contenir le malaise.

- Qu…qu’est-ce que c’est que ce truc ?! gémit-il
- Ha… ? Tu sens ? J’ai acheté ça au marché noir… Quelle belle couleur jaune.
Akira cria de nouveau lorsque la goutte toucha la seconde plaie.

- Arrête ! Pi… pitié ! supplia-t-il.

Ses yeux étaient déjà prêts à verser des larmes quand Shiki les essuya d’un coup de langue, soulevant ainsi le bout de tissus qui les fermait.
- Réserve ça pour plus tard.
La goutte stagnait sur son piercing au nombril et c’est alors que des doigts froids et humides commencèrent à caresser ses bras, touchant tour à tour des coupures de sa peau, lui faisant de ce fait pousser des gémissements de plus en plus forts. Les mains descendaient aux épaules puis sur les abdominaux qui se contractaient à chaque douleur.
- Ho ! Tiens donc… Regarde-moi ça. Tu es déjà tout mouillé…
- N… no… ha… n, réussit à dire Akira.
Shiki pressa de nouveau le fruit sur ses mains puis dans sa bouche et tandis que cette dernière titillait les lèvres du prisonnier, ses consœurs poursuivaient leurs chemins en descendant encore. Akira ne sentait plus la douleur. Son corps devenait frémissant et avide de sensations. Il entendait encore les bruits du métal qui lui retenait les mains sur ce qui semblait être la tête de lit. Ce qu’il entendait encore plus étaient les gémissements qu’il poussait, beaucoup trop aigus et incontrôlés à son goût. Shiki descendit encore l’une de ses mains sur les hanches d’Akira en entrant sous le pantalon. Cet endroit, contrairement aux autres parties exposées, était encore sans aucune coupure : juste de la peau blanche et tendre qui fondait sous les mains de son oppresseur.

- Non… Je ne veux pas… pas… encore… Ne me tou

- N’oublie pas que tu es à moi. Sois reconnaissant, je t’ai laissé la vie sauve alors que j’aurais pu te couper la tête en un trait. Tu n’es qu’un petit chien qui aboie à longueur de journée et qui montre les crocs pour faire peur mais quand il s’agit de te défendre en tuant, tu préfère t’enfuir la queue entre les jambes…

- La ferme ! Je… ha… je ne veux pas entendre ça de la part d’un gars qui tue pour son seul plaisir… Tu te mets au dessus de tout… Tu…

- Tu me fais rire… Mon plaisir ? Il dit qu’il me déteste et pourtant il ne se défend pas vraiment quand je fais… ça !

- Ha ! 

Akira sursauta quand il sentit l’homme enfoncer profondément un doigt en lui. Il ne pouvait plus dire un mot. Sa peau lui paraissait brûlante. Il essaya de se tourner en portant un coup violent, mais ne pouvant pas voir son adversaire, ses jambes avaient juste brassé l’air puis s’étaient reposés sur le lit faisant crépiter les ressorts rouillés. Shiki le saisit plus fermement tenant d’une main le menton du jeune homme, de l’autre des mouvements de va-et-vient avec un doigt puis deux. La pièce était encore parfumée par l’odeur d’agrume et Akira se rendit compte que l’homme s’était approché de lui en mettant une jambe sur le matelas. Cette odeur lui montait à la tête. Il réussit à décerner un bruit d’éponge mouillée et en conclut que le fruit était pressé une troisième fois. Le parfum se rapprochait de lui jusqu’à heurtait sa bouche et, pensant avoir affaire au fruit, il l’ouvrit. Mais c’est une langue qui y pénétra. Ce baiser lui enleva toute envie de protester. Shiki était très habile, léchant la langue du garçon puis touchant délicatement son palais puis refaisant la même action mais avec plus d’ardeur. Akira ne pouvait plus se retenir, il décala sa tête vers la gauche pour échapper à l’emprise de Shiki.

- Je veux plus… dit il en soufflant d’extase.
Akira pouvait entendre la clé qui sortait de la poche de Shiki et qui alla s’emboîter dans l’ouverture de ses menottes. Ses mains étaient libres mais maintenant il n’avait plus envie de fuir.

- Le chiot reste à sa place ? Où est donc passé ta hargne et ta colère ? Je te préférais plus combatif.

- La… ha… ferme… hoqueta Akira
Shiki essaya de l’embrasser mais Akira, flairant le parfum du citron dans sa bouche, fonça le premier, attrapant la lèvre de l’homme en faisant gicler un peu du liquide au goût de rouille. Shiki saisit le jeune homme par la taille puis le bascula face au matelas. Il ponctua l’action d’un petit rire narquois. D’un geste assuré il enleva complètement le pantalon d’Akira tout en tenant le cou de son partenaire pour lui éviter toute agitation. Akira ne pouvait pas bouger et essayait de s’accrocher aux draps. Il était perdu entre l’envie de le frapper et de rester sagement à sa place pour recevoir ce dont il avait envie, même s’il allait devoir payer le prix de sa fierté. Il entendit un bruit de fermeture éclaire et commença à se débattre machinalement.
- Non ! Je ne veux pas ! dit-il
Shiki s’enfonça profondément en lui. Il resta immobile pendant quelques minutes laissant à Akira le temps de s’habituer puis commença à bouger doucement.

- Ha, ha… Hun, dit Akira les larmes aux yeux.

Le jeune homme avait l’impression qu’il allait exploser de douleur et d’envie ; le mouvement devenait plus brusque et rapide, ce qui lui faisait mal. Toutefois, sur son dos, il sentait la main de Shiki posée à plat pour se soutenir. Ce contacte lui donnait la chaire de poule même si ce dernier portait des gants. Akira l’accueillait en lui, accompagnant ses gestes par le mouvement de ses reins. Quand l’excitation fut à son apogée, Akira enfonça sa tête dans le matelas pour ne pas entendre sa voix mais dans le même temps et pour interdire l’action, Shiki le tira violemment en arrière par les cheveux grâce à sa main libre. Akira sentit la chaleur de Shiki qui était obligé de se pencher sur lui et ne put contenir un cri de libération.

- Et merde… Je vais aussi… dit Shiki dans un souffle.

Akira n’entendait plus rien. Plongé dans le noir complet. Une voix l’appelait, faible et décousue mais belle.
- AkiAki…ra
Akira ouvrit les yeux. À sa droite se trouvait le corps inerte de son amant tourné vers lui et à gauche sur la table, les chocolats qu’il avait offert la veille et qui sentaient un parfum très fort de citron.

- J’aurais dû m’en douter.

 

 

 

 

                                                                                                                                     Ringo