Le dessert de la passion

 

 

Libre interprétation d’après le manga Kuroshitsuji, de Toboso Yana. Attention Yaoi !

 

 

 

 

Mettant la dernière main à son œuvre, Sébastian s’écarta pour observer le Comte.

Ciel Phantomhive avait bien grandi cette dernière année. Il n’avait plus qu’une quinzaine de centimètres de différence avec Sébastian. C’est vrai qu’il avait maintenant… 17 ans quand même.

Il avait fier allure. Le charme innocent de la jeunesse et le machiavélisme d’un adulte. Un mélange terriblement attirant.

Il avait fini par troquer ses shorts pour des pantalons. Vêtu aujourd’hui d’un pantalon de flanelle gris aux plis impeccables, tombant parfaitement sur des chaussures italiennes. Un frac bordeaux aux revers et biais de satin noir, attirant l’attention sur ses épaules désormais plus large, et sa taille toujours fine. Sa cravate grise, également nouée avec art, sur une chemise d’une blancheur immaculée, et un gilet d’un gris  à peine plus soutenue y faisait un contrepoint parfait. Après s’être observé quelques secondes dans son miroir en pieds, Ciel Phantomhive choisi un rose noire dans le bouquet ornant son dressing, et le passa à sa boutonnière. Enfin satisfait, un léger sourire en coin apparut, alors que son majordome lui tendait son haut de forme, ceint d’un ruban assorti à son habit.

Ce soir le comte de Phantomhive était invité à participer au repas de la Reine, insigne honneur qu’il partagerait avec quelques soixante autres nobles, mais à une place privilégiée. A la gauche immédiate de Victoria de Hanovre. Etre le « chien de la Reine » apportait quelques avantages. D’ailleurs il était plus que temps d’y aller.

 

Après un cours trajet en calèche, le jeune comte monta les marches du palais, en haut duquel il fut reçu par l’un des majordomes de sa majesté. Le cérémonial est respecté à la lettre. Son nom dûment annoncé, Ciel Phantomhive s’avance dans la salle de bal, la tête haute et fière, en réponse aux vagues murmures qui courent à travers les convives. Nul besoin d’écouter pour savoir qu’on parle de lui, de la mort de ses parents, du mystère l’entourant lui et sa famille, et surtout des rumeurs les plus folles concernant son lien avec la reine. Depuis ces 12 ans, depuis qu’il a repris l’héritage de sa famille, celles-ci circulent, sans jamais se lasser, parfois raviver par une de ses apparitions dans une sombre affaire. Il a appris à ne pas écouter ce que ceux qu’il n’estime pas disent. Après les sempiternelles salutations aux associés en affaires, à quelques dames de sa connaissance, tout en évitant les pique-assiette reconnues et les jeunes filles en quête de mari et leurs mères, le repas fut annoncé. Celui ci débuta par une mousse d’huître, trop gélatineuse pour être légère, au goût d’iode effacé par les épices que le cuisinier avait ajouté par trop généreusement. Ciel espéra que ce n’était pas pour masquer le fait que les huîtres n’étaient peut-être pas très fraîches. Il entama la conversation avec la Reine, la complimentant sur son teint frais malgré l’heure avancée. Les leçons de Sébastian portaient enfin leurs fruits. Au cours des dernières années, celui-ci avait largement abreuvé le jeune homme renfermé et finalement misanthrope qu’il était d’une multitude de conseil, et même d’ordre, sur l’art de se mêler au beau monde, jusqu’à l’écœurement parfois.

On ne peut pas dire que Ciel s’était fait plus d’amis, mais peut-être qu’il paraissait désormais plus abordable. Trop aurait-il lui-même dit. Car maintenant que ses fiançailles avec lady Elizabeth avaient été rompues, il était littéralement assailli par les bonnes âmes tentant, sous couvert de l’aider, de le lier à quelque jeune sotte incapable de se soucier d’autre chose que d’elle-même. Il est vrai que sa fiancée, dans ses jeunes années avait eu un petit côté futile, mais il avait toujours pu le toléré et peut-être même l’apprécié, tant il apportait un brin de folie douce dans son existence voué à traquer la bassesse humaine. Il avait mis plusieurs années à se rendre compte que cette indulgence à l’égard d’Elisabeth s’apparentait plus à un lien fraternel que marital. C’est pourquoi, quand il surprit le regard fasciné et tendre qu’elle portait sur un jeune noble vaguement apparenté à sa famille, il résolut de lui rendre la liberté qu’elle n’aurait jamais eu l’idée d’oser lui réclamer. Elle avait d’ailleurs mis du temps à se rendre à ses arguments, et c’est là qu’il s’était rendu compte d’abord que celle-ci avait bien plus de cervelle et de caractère qu’elle ne le laissait paraître, et ensuite que les leçons de conversations qu’il jugeait futile, pouvait s’avérer fort utile, voir indispensable. Et accessoirement qu’il pouvait avoir plus de trois mots de conversations sans se forcer de trop.

Son esprit toujours, si ce n’est plus, vif que celui qu’on avait loué quand il avait 12 ans, ses propres réflexions ne l’avaient pas empêché de poursuivre la conversation avec sa voisine de gauche, comme le voulait l’usage, avec le plat suivant. Il ne savait plus vraiment ce qu’il avait mangé, mais vu la sensation pâteuse qui lui restait en bouche, il n’avait rien raté. Vint le gibier, une ronde de faisan, dont le cuisinier avait jugé astucieux de planté quelques plumes de queues dans les morceaux présentés dans l’assiette. Si toutes les convives s’extasiaient devant cette présentation haute en couleur, plusieurs hommes ne purent se retenir de hausser le sourcil devant cette extravagance. Le comte, passé maître dans l’art de maîtriser ses émotions, ne laissa rien paraître. Il réservait son jugement. Mais dés la première bouchée, il sut que ce plat comme les précédents, et sûrement comme les suivants, le décevrait. La sauce grand-veneur avait été faite avec un mauvais vin, sous prétexte que le bon était réservé à la boisson. Or de mauvais ingrédients ne pouvaient faire une bonne cuisine. Jamais Sébastian n’aurait osé lui présenté un tel plat. Prenant son mal en patience, il se prépara à subir le pire repas de sa vie. Mais à voir le visage réjoui de la reine Victoria quand elle se tournait vers lui, lui qui trouvait régulièrement des excuses dans son action pour elle afin d’éviter ce genre de manifestation, il ne pouvait que faire bonne figure.

Pas le moindre incident n’interrompis ce repas de 8 plats, où la truite vaseuse de la tamise succéda aux endives amères, le chou pas assez cuit à la viande trop. Mais le pire fut atteint avec le dessert. Il était de notoriété publique que le comte n’avait jamais perdu son goût pour le sucré. Dans une assiette grande comme une main, on apporta une Jelly tremblotante de pomme et une part de bavarois à la crème au beurre. La gelée ne se tenait qu’à peine, menaçant de partir en eau, la crème au beurre avait été introduite trop tôt dans le gâteau, ramollissant le biscuit. Et par-dessus tout, les doses de sucre avaient été exagérées au détriment du parfum de pomme et de vanille qui aurait rendu ces desserts, si ce n’est appétissant, tout du moins mangeable.

Après un tel repas, la somnolence avait tendance à gagner les convives. Mais un bal avait été organisé pour contrer cela. Si Ciel se félicitait de ce futur exercice, pouvant aider la digestion, il redoutait les jeunes pimbêches qu’il se devrait d’inviter. Au moins n’aurait-il pas honte sur la piste, Sébastian ayant veillé à ce qu’il reçut une éducation complète sur ce point-là. Il décida donc d’accorder quelques danses, notamment aux filles des gentlemen en affaire avec lui, avant de se réfugier dans les conversations de ces messieurs.

Son programme se trouva néanmoins bouleversé, quand sa majesté vint lui présenté elle-même quelques jeunes filles à mariée. Ne dansant qu’une fois avec chacune d’elle, pour ne surtout pas risquer qu’une se sente favoriser à une autre, il ne vit pas les regards d’envie que les jeunes filles n’ayant pas été présenté lui jetaient.

Finalement la reine regagna ses quartiers, permettant à ceux qui le désiraient d’enfin se retirer. Ciel Phantomhive en faisant partie, il fit appeler sa voiture. Une fois dans celle-ci, il prit une pose peu noble, laissant retomber toute la tension qu’il avait pu accumuler.

 

La porte de sa résidence passée, Sébastian l’attendait comme tout bon majordome. La vision de Sébastian, droit et affable dans son uniforme, prêt à répondre à la moindre de ces demandes sembla lui ôté un poids des épaules.

Lui tendant chapeau, canne et gants, le jeune comte lui donna ses ordres

-Bien que ce repas m’ait épuisé comme aucune affaire, je suis incapable d’aller me coucher, ne parlons pas de dormir. Je compte prendre une liqueur dans la bibliothèque.

-Désirez-vous un des alcools se trouvant dans le bar ou souhaitez-vous autre chose ? Une crème de pêche de vigne peut-être ?

-Oui, apporte-moi cela, peut-être fera-t-il partir ce goût exécrable qu’il me reste en bouche…

-Je vous l’amène immédiatement.

Et quand Sébastian disait immédiatement, il ne parlait pas à la légère. Ciel eut juste le temps de s’asseoir dans le large fauteuil de cuir, que Sébastian entrait, une bouteille et un petit verre à pied sur un plateau. Posant le tout sans bruit sur la table basse lui faisant face, il versa le liquide ambré, l’odeur sucré se répandant dans la pièce. Fermant les yeux pour mieux l’apprécier, Ciel crut sentir une pointe d’une autre odeur. Quelque chose de plus vif. Peut-être du citron ou de l’orange. Et du clou de girofle. Comme ces décorations que sa mère faisait accroché partout dans la maison. Des Pommes d’ambre. D’où cela pouvait-il venir. Rouvrant les yeux, il vit son majordome debout à côté de son fauteuil, le verre prêt à la main. C’était lui qui exhalait cette odeur vivifiante. Elle devait provenir de son cou, seule surface de peau visible avec le visage. Car même si ses lèvres devaient être aussi douces, il ne les imaginait pas odorante… Mais où son esprit s’égarait-il ?! Se redressant brusquement pour se sortir de sa torpeur, le jeune Comte tendit la main afin de prendre son verre. Ses doigts nus effleurant les gants de son serviteur suffirent à lui envoyer un frisson de la nuque aux reins. Ciel baissa vite les yeux, ne voulant pas voir si Sébastian avait noté cette réaction involontaire. Et en effet il aurait pu voir un sourire rien moins que démoniaque s’étirer sur ce visage d’ordinaire impassible.

-Désirez-vous… autre chose ?

-Non. Je sonnerais pour me coucher, tu peux disposer.

-Bien monsieur.

Et il partit toujours silencieusement.

 

Ciel resta un long moment les yeux sur les reflets des chandelles, repensant à cette soirée, à ses leçons apprises souvent à contre cœur, à ses enquêtes pour la reine et à Sébastian, toujours prêt à se tenir à ses côtés. Et pour qui il avait eu une pensée inconsciente mais bien présente.

Ne voulant plus y réfléchir, il but son verre d’un trait, ravivant plus que masquant le mélange de goût restant du repas peu apprécié, lui arrachant une grimace. Passant la porte de la bibliothèque, il tira le cordon de la sonnette, avant de prendre l’escalier et de monter à sa chambre. Sébastian l’y attendait, sa chemise de nuit prête. A côté de lui, sur la table de chevet, un plat de fraise et un saladier de chocolat fondu étaient posé. Avant même que Ciel ne s’en étonne, Sébastian expliqua :

-L’alcool, même bon, à parfois tendance à ravivé certaines aigreur. Le chocolat peut les atténuer et associé à un fruit tel que la fraise, il paraîtra moins riche au moment du couché.

Il était parfois irritant de se rendre compte que quelqu’un semblait vous connaître mieux que vous-même. Après avoir jeté un regard noir à son serviteur, le Comte prit une fraise, la trempa à peine dans le chocolat avant de la porter à ses lèvres. La texture douce et tiède du chocolat était agréable, le goût ni trop amer, ni trop sucré. Et quand il mordit dans le fruit, la légère acidité sembla laver ses papilles.

Oui, son majordome avait eu une excellente idée, même s’il ne lui dirait jamais.

Se tournant vers celui-ci pour qu’il l’aide à se débarrassé de ses vêtements, le Comte crut distinguer un éclat dans ces yeux noirs, vite masquer par les paupières. Ne croyant pas à une hallucination, Ciel réfléchit à ce qui avait put provoquer cette réaction. Après que les mains habiles aient ôté sa veste et alors qu’elles s’attaquaient au nœud de la cravate, il tendit la main vers le saladier. Tandis que la cravate glissait de son cou, il trempa presque entièrement le fruit dans le chocolat et le porta vivement à sa bouche, gobant presque le fruit, ne laissant que la tige et la corolle dans ses doigts. Si aucune lumière n’apparut dans les yeux noirs, ils restèrent une interminable seconde fixés sur les lèvres closes sur le fruit. Ce petit jeu amusa grandement le maître, et entre chaque pièce de vêtement que son serviteur ôtait, il mangeait une friandise, prenant garde que cette dernière capte toute l’attention de l’homme face à lui.

Et quand il se retrouva nu, Sébastian se retournant pour prendre la tenue de nuit posé sur le lit, il l’appela …

-Sébastian Michaelis…

-Oui, mait…

Et lui introduisit une fraise dégoulinante de chocolat dans la bouche entrouverte.

Cette fois la réaction fut fulgurant. Sébastian lui attrapa le poignet, plongeant les yeux dans les siens, en proie à une tempête mal contenue. Le temps d’avaler sa bouchée, il fondit sur les lèvres du jeune tentateur, lui faisant partager le chocolat maculant ses lèvres, puis sa langue. Ce fut un baiser aussi violent de court.

-Vous jouez avec le feu, mon maître.

-Je t’ais tellement longtemps cru de glace…

-De glace !…

-Glace à l’orange…mmmh…

Ce son murmuré par les lèvres qu’il venait de goûter eut raison du peu de maîtrise qu’il lui restait, et il faillit lui ravager les lèvres tant il mit d’empressement à l’embrasser. Le Comte, sentant que le contrôle lui échappait, libéra sa main droite, avant d’ôter le bandeau qui lui couvrait l’œil droit. Laissant apparaître le sceau qu’il maintenait habituellement caché, il repoussa avec force le démon qui était à ses ordres. Celui-ci, sentant le sceau correspondant sur sa main le lancer, s’immobilisant dans l’expectative.

-Je reste encore le maître…

-Je… suis à vos ordres, répondit Sébastian, baissant la tête.

-Bien… Maintenant, sur le lit.

Il releva la tête, surprit de cet ordre. Puis laissant flotter un sourire simplement heureux, il ôta ses chaussures et s’allongea sur le lit apparemment soumis.

La situation pouvait paraître insensée. Le maître nu et debout, et le serviteur habillé et allongé. L’un et l’autre se repaissaient de la vision offerte à leurs yeux, avant que Ciel ne monte à son tour sur le lit, enjambant le corps sous lui et s’installant, sans aucune gène. Sébastian ayant été le seul à s’occuper de lui depuis ses 12 ans, il n’y avait pas de fausse pudeur à avoir. Trouvant tout de même la situation injuste, le jeune homme passa les mains entre les boutons et ouvrit gilet et chemise, exposant un torse dur comme le roc, aux muscles apparents mais non surdéveloppés.

Prenant à nouveau leur fruit du péché, trempé dans un nouvelle version de l’ambroisie, Ciel le fit glisser sur  ce torse glabre, y traçant un chemin chocolaté. Les muscles frémissaient au passage. Et tandis qu’une langue suivait ce chemin, une main approchait le dessert d’une bouche entrouverte sur un cri muet. Ciel s’amusa ainsi, léchant, lapant sur son passage, s’écartant du sentier pour découvrir d’autres paysages, alors qu’une autre langue après avoir dégusté le fruit, s’attaquait aux doigts ayant amené la manne. Ciel finit par se redresser prêt à passer à la suite. S’attaquant à la braguette, il attrapa le sous-vêtement en même temps et commença à les tirer vers lui. Sébastian, les mains toujours plaquées au lit, souleva les hanches pour faciliter le passage. Dénudant à partir de la taille son partenaire, Ciel apprécia ce que son travail d’approche avait érigé. Cette fois il trempa directement les doigts dans le chocolat et en caressa le membre turgescent, avant de les lécher avec volupté, le regard rivé sur cette friandise chocolaté qu’il s’était préparé. Sébastian n’y tint plus. Et alors que Ciel s’apprêtait à lui octroyé une fellation, il l’attrapa par les hanches pour le positionner au-dessus de lui, et lui rendre la faveur.

Ce ne furent plus que bruits de sucions et de volupté dans la chambre. Sébastian s’amusa à vaincre la dernière résistance de son maître, afin de le prépare au mieux à ce qu’il ne doutait pas qui suivrait. Le jugeant prêt, il se redressa, obligeant le jeune à rester accroupi, avant de le tirer à lui, doucement, les positionnant pour qu’il s’asseye sur lui. Et sans forcer de trop, il l’ajusta à lui, tranquillement, comme il se doit pour une première fois. Il y eut bien une légère crispation au passage du gland, mais un suçon à la base de la nuque en eut raison. Puis, uns fois complètement en lui, c’est Sébastian qui attrapa une fraise, l’immergea dans le chocolat, y trempant également le bout de ses doigt, tellement il était concentré sur d’autres sensations, et la porta à la bouche amie, amante. Le fruit bien que dégusté, fut vite engloutie, et les doigts au goût suave, capturés. C’est la qu’il donna une impulsion, les faisant gémir l’un et l’autre. Et tout alla crescendo. Le moindre mouvement faisait exploser des feux d’artifices en eux, les poussant à se mouvoir plus encore. Tout ce qui n’était pas eux fut oublier, jusqu’à ce qu’eux-mêmes s’oublient, éblouis. Ils basculèrent sur le coté, toujours lié attendant de redescendre sur terre.

Ils finirent par se dégager, et Ciel se retourna, blottissant son visage au creux de l’épaule de Sébastian. Il prit une bouffée de cette odeur qui l’avait frappé dans la bibliothèque. Sébastian le sentant tressauter de rire, lui demanda une explication.

-J’ai l’impression que c’est Noël.

-… ?!…

-Tu sens les pommes d’ambre…

-Quant à toi, tu as la peau douce comme une pêche. Maintenant dormez, mon maître.

 

Le lendemain, un dessert fait entre autre d’orange, de pêche et de clous de girofle fit son apparition dans le menu.