The Batboy
Contes pour grands

Par Mangerune

 

Si vous vous demandez ce que fait un craquant jeune homme comme moi sur les marches de cet escalier dans cet immense demeure... c'est parce que j'attends mon profpriétaire (1), Usami Akihiko.

Là j'attends qu'il rentre pour me donner ma leçon. Il a dû sortir porter son manuscrit à son éditeur. Apparemment c'est un auteur célèbre. Je ne m'en rends pas vraiment compte. Je sais finalement peu de choses sur lui. Il est le second fils du géant financier, Usami incorporated.

Après il s'agit surtout des circonstances de notre rencontre et notre vie commune depuis. Il avait été délégué par son père pour inspecter sa dernière acquisition, un laboratoire d'expérimentation génétique. La visite se passait bien, guidé par le directeur de recherche il avait vu tous les services semblait-il. Sauf qu'un jeune infirmier semblant face à un dilemme à attirer son attention. Le jeune infirmier, du nom de Takahashi Takahiro, l'a mené jusqu'à un couloir masqué derrière une étagère à roulette, puis lui a montré une porte avec un genre de judas. Et derrière cette porte, il y avait moi.

Je ne pense pas être né au laboratoire, mais je n'ai aucun souvenir avant ce lieu. Des murs blancs, des fenêtres qui ne donnent que sur d'autres couloirs blancs, des yeux scrutateurs au-dessus de masques verts, des cheveux emprisonnés sous des charlottes. Et le Silence. L'insupportable silence. Comme si j'étais seul.

Et puis un jour, mais cela aurait tout aussi bien puis être une nuit pour ce que j'en savais, une porte s'est ouverte et une silhouette s'est découpé sur la lumière froide des néons. Une silhouette étrange pour moi. Pas de blouses, pas de charlotte, mais des mèches aux reflets d'argent, un costume aux épaules larges.

L'homme s'est approché de moi, doucement, a mis un genou à terre et m'a doucement tapoté les cheveux. Derrière lui j'ai vu le sourire épanouit de l'infirmier qui m'apportait des douceurs en cachette. Et j'ai alors su que mon calvaire était fini. Usami m'a enveloppé dans une couverture puis m'a pris dans ses bras et nous avons traversé tout le bâtiment. Et j'ai vu l'extérieur. Pour la première fois. C'était merveilleux : la brise sur mes joues, le soleil sur mon front, les senteurs, les couleurs. Mais aussi effrayant : les bruits, les mouvements partout, l'espace infini. J'étais heureux de me trouver encore entre ses bras protecteurs.

Il a marqué un arrêt en bas de l'escalier. Comme je m'étonnais qu'il n'avance plus, j'ai tourné la tête vers lui. Il me regardait, les yeux brillants. Puis il m'a emmené jusqu'à ce que je saurais plus tard être une voiture, pour me conduire ensuite dans une grande maison. Là il m'a confié après d'âpres discussions à des femmes vêtus bizarrement de noir et de blanc qui m'ont déshabillé, lavé, frotté, parfumé, coiffé, habillé.

Elles n'arrêtaient pas de jacasser en me conduisant à la salle de bain. Mais quand elles ont ôté la couverture de mes épaules, un silence c'est imposé. J'ai l'impression que ce sont mes ailes dans le dos qui ont provoqué leurs regards effarés.

J'ai effectivement deux petites ailes, à la peau noire, d'une trentaine de centimètres chacune quand elles sont déployées. Pour faire simple, les chercheurs sous l'ancienne direction du laboratoire ne s'embarrassaient pas forcément de problèmes d'éthiques. Et l'un deux à l'imagination beaucoup trop fertile, s'était mis en tête de créer un vampire. Il a donc essayé de mêler des gènes de chauves-souris à des chromosomes humains. Les miens pour être plus précis. D'où les deux ailettes dans le dos et les deux quenottes un peu trop pointus dans la bouche.

Je dois reconnaître que ces servantes étaient particulièrement bien éduquées, car passé le moment de stupeur, elles ont continué leur tâche. Jusqu'au moment de me passer un T-shirt. L'une d'elles est allée chercher une paire de ciseau, a fait deux trous à l'arrière du vêtement et elles y ont fait passer mes ailes, doucement, comme si elles avaient été en cristal.

Quand Usami revint, il avait l'air énervé. Il marmonnait quelque chose à propos de « comportement impossible à effacer », de « responsabilité morales », et il disait encore « jamais je n'oublierai ma nature humaine pour être comme lui ». encore une fois, alors qu'il arrivait à ma hauteur, il s'agenouilla, me fit un sourire et me tapota la tête. Puis son regard passa par-dessus mon épaule, comme je sentais les mouvements de mes ailes répondre à mes sentiments au contact de cette grande main chaude.

Il tendit alors la main, effleurant la peau fine du bout des doigts, y provoquant un frisson incontrôlable. Son sourire s'agrandit et il me prit dans ses bras, me plaquant avec peut-être un peu trop de force contre son torse.

Il ajouta un blouson à ma tenue, par-dessus mes ailes cette fois et me tenant par la main me guida vers la sortie. Une fois dehors il marqua une pause, lançant un regard à l'immense bâtisse derrière nous. Sentant la tension dans sa main, associé à une goutte transparente quittant sa joue, je frottai la mienne contre sa main, y laissant une humidité similaire. Usami reporta son regard sur moi, relâcha ses muscles et me dit :

-Ce sont nos dernières larmes. À partir d'aujourd'hui nous serons ensemble contre tout.

Il héla un taxi et nous partîmes pour notre nouvelle vie.

 

Il ne lui fallut guère plus d'une demi-heure pour aller à une agence immobilière, se faire indiquer une maison à sa convenance et l'acheter. Dès le lendemain il s'attaqua à mon éducation. À cause de mes particularités physiques, il était impossible de m'envoyer à l'école, sans compter que je n'avais aucune existence légale (comment le laboratoire aurait pu me cacher sinon) et un âge indéterminé. Il me fit passer des tests et déclara qu'il y aurait du travail. Mais qu'il ne désespérait pas. Les leçons de langues, de calcul et d'histoire me plaisaient beaucoup et je progressai donc rapidement.

Mais pour tout ce qui était de la vie de tous les jours, j'avais de sérieuses lacunes, l'hygiène, la cuisine, le ménage était des concepts incompréhensibles pour moi. Il eut alors l'idée de me raconter de petites histoires pour que je comprenne mieux et surtout pour que je retienne la leçon.

Cela marcha si bien qu'il eut l'idée de les écrire et un éditeur emballé les publia. Ils furent rapidement considérés comme un must de l'éducation, mais également apprécié pour le style d'écriture.

Ce qui me choqua fut le large sourire qu'il me montrât quand pour la toute première fois je m'énervais contre lui. Jusque là j'avais toujours fait attention à lui obéir en tout, Usami étant à la fois celui qui me procurait un toit et mon professeur. Mais ce jour-là il n'avait cessé de me donner des ordres contradictoires, me rendant à moitié fou et j'avais fini par exploser pour lui expliquer ce que je pensais de ses manières.

-Je croyais qu'ils avaient réussi à annihiler toute volonté en toi. Je voulais que tu te rappelles que tu es humain à la base, avec des sentiments, des peurs, des joies et des colères comme tout un chacun.

Depuis ce jour, ma vie est comme un rêve. Même quand on s'énerve, c'est merveilleux. Et heureusement parce que nous nous sommes vite aperçu que j'avais du caractère et même un sale caractère par moment. Et il a cessé de me traiter comme une pauvre petite chose fragile.

Ma nature de chauve-souris nous a quand même causé des soucis. Certains assez prévisible. Je ne suis pas du tout du matin, je commence vraiment à être bien en milieu d'après midi. Heureusement le métier d'auteur laissait une grande liberté d'horaire à mon saututeur (2), il a donc pu s'adapter sans trop de problèmes à mon rythme, qui lui correspondait d'ailleurs bien plus que celui qu'il était obligé de suivre quand il travaillait encore pour le compte de son père. Bien sûr le fait que je ne puisse sortir sans cacher mes ailes et le risque qu'elles soient découvertes planait également sur nos rares escapades, où il me faisait un peu découvrir le monde extérieur. Heureusement que nous avions un grand jardin ceint de grands murs, où je me sentais protégé.

Mais une question plus inattendue et finalement assez drolatique fut celui de mon régime alimentaire. Usami, ne sachant pas encore comment vraiment communiqué avec moi, avait fait rentrer une certaine quantité de sang, de toute sorte, aussi bien animal qu'humain. Ce qu'il ne savait pas c'était que le chercheur si doué qui m'avait « trafiqué » l'ADN, n'était pas si intelligent que ça, puisqu'il avait choisi comme base à son « vampire » une Roussette ou renard volant des Philippines. Une chauve-souris effectivement impressionnante puisqu'elle peut atteindre 1,70 m d'envergure, se rapprochant des proportions humaines. Mais cette chauve souris est indubitablement... frugivore !!!

Avouez que pour créer un monstre assoiffé de sang, on peut trouver mieux !

Et imaginez la moue de dégoût qui fut la mienne quand il me présenta un bol de sang bien chaud (passé au micro-onde) ! Il a alors fait défiler devant moi de quoi dégoûter le végétarien que je suis, changeant le type, le rhésus, la température, mais toujours par bol entier. Il comprenait bien que rien n'était à mon goût, mais pas la raison derrière. Une chance qu'il ait fini par téléphoner à Takahiro.

Je ne sais ce qu'il a fait de tout ce sang, mais depuis nous avons un stock impressionnant et sans cesse renouvelé de fruit en tout genre. Qu'ils soient locaux ou exotiques, sucrés ou acides, durs ou mous, il cherchait toujours à m'étonner, préparant des plats cuisinés à base de fruits, ou découpant bizarrement un fruit crus. J'étais entouré de toutes ces attentions, me sentant bien enfin. Et même un peu plus.

Sans qu'il ne s'en rende compte...

Les années ont passé. Mon corps chétif a évolué. Et mes sentiments encore plus.

J’ai commencé à apprécier de plus en plus ses tapes sur mon crane. Je me suis mis à avoir encore plus conscience de sa présence que je ne l'avais déjà grâce à mon écho-radar, arrivant à le distinguer d'autres personnes sans le voir. Je me trouvais à chercher son odeur sur les peluches qu'il aimait à avoir pour lui autant que pour moi. Bref je tombais lentement mais sûrement sous son charme. Certains auraient pu croire que c'était dû à son statut de profpriétaire et de saututeur, ou un effet de persistance à ne voir que lui. Sauf que mon infirmier continuait à venir m'apporter des friandises assez régulièrement, que je voyais les différents éditeurs passé, femmes de ménage et autres employés. Mais aucun ne m'a fait la même impression. J'ai même eu des réactions assez violentes vis-à-vis de certains d'entre eux. Et il s'est avéré à chaque fois qu'il s'agissait de personnes (hommes ou femmes) attiré par mon Usami.

Et quand je lui ai demandé s'il ne trouvait pas étrange, ou lassant de ne me voir manger que des fruits, tant ma peur de lui déplaire est grande, je n'ai jamais été plus heureux de l'entendre me dire que ça me donnait une odeur délicatement fruité en permanence, comme un parfum suave et presque envoûtant. J'ai dû me retourner pour qu'il ne voit pas mon visage en feu.

Et ce soir, je l'attends avec plus d'impatience que d'habitude. Plus de rage aussi.

Car l'éditeur qu'il est allé voir et en fait une éditrice. Charmante, délicate, gentille, amenant toujours un petit quelque chose pour moi quand elle passe, tout en me parlant comme à un adulte. Bref proche de la perfection. Tout ... tout pour la rendre détestable à mes yeux. Surtout que je n'ai pas ressenti ce petit pincement au cœur, qui m'avait averti pour les autres, ce que mon instinct avait identifié comme des rivaux potentiels, de l'affection d'Usami, puis de son intérêt et enfin de son amour.

Et là je sens que j'ai rencontré mon plus grand adversaire. Elle est arrivée à le charmé sans même le cherché. Enfin sans faire voir qu'elle le cherchait. Car jamais il n'allait chez ses éditeurs. Elle est l'exception. Et ça me fait peur. Ça me rend vert de jalousie. Mes ailes en battent frénétiquement.

Alors, je l'attends en bas des marches face à la porte. Ce soir c'est l'ultimatum. Je lui ferai comprendre mes sentiments, quitte à briser là notre vie ensemble, tout plutôt que de devoir subir cette tension permanente.

Il vient d'arriver. Je ne l'ai pas vraiment entendu, mais je le ressens partout en moi, cette chaleur qui ne m'envahit que quand il est à proximité.

Il entre sans éclairer. Mon cœur fait un bond. Il se sent coupable de quelque chose. Il est trop tard. Je l'ai perdu. Mon cerveau invente mille scénarios, plus horribles les uns que les autres pour mon amour brisé. Des larmes me montent aux yeux et je me mets à sangloter, sans pouvoir me retenir.

Usami m'a entendu. Il m'appelle, mais je suis incapable de lui répondre aussi fini-t-il par allumer, après avoir posé quelque chose au sol, me cherchant d'un regard affolé.

Quand il me voit, en pleurs sur les marches, il se précipite sur moi, m'entourant de ses bras, cherchant la cause de ce déluge. J'essaie de lui dire qu'il s'agit de la perte de mes illusions, de ce sentiment de vide qu'il savait si bien remplir, mais qui m'a été ôté par une femme, que je devrais apprécié, mais que je n'arrive qu'à détester et à me détester de le faire.

Je ne sais comment je me suis retrouvé dans sa chambre, comme lorsque j'avais des cauchemars, les premiers temps de notre cohabitation. Et il est là tout contre moi, il me berce. Il est à moi en cet instant. J'ai toute son attention. Alors, je finis par me calmer et ma résolution revient. Dans un mot, ou peut-être en cent je ne me rappelle plus, je lui dis, ma peine de le savoir ailleurs, de l'imaginer dans les bras d'une autre, alors que moi je suis là et que je n'attends, je n'espère que ça. Il n'a rien dit. Pas un mot. Il s'est même éloigné de moi, me laissant seul sur le grand lit. Je n'ai pas pus relevé la tête. Je l'ai entendu descendre les escaliers au pas de charge.

Tout est fini. Je ne pleure même pas. J'ai tellement allégé mon cœur, ma tête est si vide, que je crois bien que je pourrais m'envoler.

Et puis j'entends ses pas. Il est remonté aussi vite. Il entre de nouveau dans la chambre, un sac dans les bras. Il en sort un paquet, grand comme ses deux mains, il en soulève le couvercle et me le pousse sous le nez.

Je me décide à regarder à l'intérieur. Un gâteau. Avec des bougies attendant d'être allumées. Sept bougies. Et écris dessus en chocolat « à 7 ans de vie commune ». il n'est pas sorti exprès pour aller voir son éditrice. Il est allé chercher le gâteau qu'il avait commandé pour notre anniversaire. Ne sachant pas mon âge, il avait décidé que nous fêterions les années passées ensemble.

-Mon Batboy, rien n'est plus important que toi pour moi. Même si ce n'est pas de la manière la plus conventionnelle qui existe, notre rencontre fut une fatalité du destin, quelque chose que j'attendais depuis longtemps. Et j'étais prêt à attendre jusqu'à la fin de ma vie sans te voir me retourner le moindre sentiment. Mais puisqu'il semble que nous soyons d'accord, je vais me permettre de te le dire : je t'aime Misaki.

-Je... Je t'aime Usami

-Pas Usami. C'est ainsi que tout le monde m'appelle. Pour toi je veux être Akihiko

-Usami ne me demande pas ça je ne pourrais jamais !

-Essaye. Pour moi.

-Aki... non Usagi (3) ! Tu vois bien que je n'y arrive pas.

-Usagi...

-Pardon j'ai…

-Non, puisque celui-ci semble si doux dans ta bouche et qu'il te semble plus facile, va pour Usagi... pour l'instant.

Et il m'embrassa à pleine bouche, m'empêchant de répondre. Je le serrais alors dans mes bras refusant de le laisser s'éloigner, tout en cherchant à le débarrasser de ses vêtements.

Mais Usami ne comptait pas me laisser m'en tirer à si bon compte. Il avait attendu que mes sentiments se fassent les égaux des siens, aussi comptait-il bien me faire attendre à mon tour.

Il me repoussa contre les coussins, attrapa le ruban qui fermait la boite de gâteau et me le passa autour des poignets. Alors, il commença la pire torture que je n'ai jamais subi, le supplice de Tantale, avec lui juste devant moi, s'offrant le luxe de se dévêtir petit à petit, tout en déchirant mes vêtements. Me caressant de partout, n'oubliant pas que mes ailes étaient une zone extra sensible, tout comme je le découvris cette nuit là, mon cou, mes épaules, mes tétons, mon nombril, mes genoux, mes chevilles même. Et pour finir cette partie que je me languissais qu'il approche, mon pénis, roide de plaisir et d'anticipation. Il finit par me libérer les mains, me permettant de me ressasser de sa peau, découvrant tous les endroits qu'il avait explorés sur moi. Quand après une longue et délicieuse préparation il me pénétra, m'asseyant sur son membre imposant pour une première expérience, mes ailes ne s'arrêtaient plus de battre de manière frénétique, parcouru de frisson. Et c'est au sommet de l'orgasme que je ressentis quelque chose de vampirique, mordant avec délice le cou exposé de mon Usagi, mais sans lui prendre de liquide, celui-ci m'en donnant de son plein gré au plus profond de moi.

Et alors que nous nous reposions, appréciant ce calme après la tempête, il fallut qu'il ajoute, juste pour me faire bisquer :

-Comment le lapin (4) a attrapé une chauve-souris, ça pourrait faire une superbe histoire...

Pour me venger demain, c'est moi qui mènerai. Pas question de se faire de nouveau attacher, même si c'était délicieux. Pas question non plus que ses vêtements se mettent en travers de mon désir.

Désormais il y aura des paires de ciseaux dans toutes les pièces, suffisamment caché pour que je sois le seul à pouvoir m'en servir... pour ouvrir mon paquet cadeau par exemple.

 

 

(1)   professeur et propriétaire.

(2)   sauveur et tuteur.

(3)   erreur ou lapsus de la part de Misaki.

(4)   Usagi veut dire lapin en japonais