Ours, carton et Usagi

 

« Ses cheveux se soulevaient au rythme des assauts que mon corps lui donnait. Il criait de sa petite voix : « Non s’il te plaît, arrête » et cela ne faisait que m’exciter davantage…Le visage de Misaki était rouge de désir et de gêne et ses yeux… »

 

Aaaaaarg c’est pas possible, comment peut-il écrire des choses comme ça, et surtout sans ma permission. Teme Usagi, je te déteste. T’es tordu d’écrire de tels romans !

 

Bonjour à tous, je me présente, Takahashi Misaki. Depuis deux ans, j’habite chez le grand et l’illustre Usami Sensei, auteur de romans à succès. Mais ce que les gens ne savent pas, c’est qu’il a un pseudo et qu’il publie des Boy’s Love. Oh, ça pourrait être acceptable sauf que la plupart du temps, monsieur se sert de moi pour remplir ses pages. Il ose usurper mon nom et me faire dire des choses que je n’aurais jamais dites, sans parler des actes… Je crois que je suis tombé en enfer lorsqu’il a accepté de m’héberger alors que mon frère se mariait. Bon d’accord, j’aurais pu partir depuis le temps mais vous savez, je ne veux pas déranger Takahiro. Je ne veux pas être une source de problèmes. Tout serait idyllique dans cette cohabitation si Usagi-san ne me prenait pas en vrai… expérimentant des positions et des situations qu’il retranscrit dans ses romans…sans parler de ses fantasmes…Aaaaaaaaarg je suis jeune et déjà si corrompu. Kami-sama, merci de me donner la force…

 

« 

-          Misaki ?

-          Aaaaah, me fais pas sursauter comme ça !

-          Tu étais tellement mignon plongé dans tes pensées. Tu rêvais de ces choses du nouveau roman, c’est vrai que c’est tellement excitant de te voir comme ça.

-          Arrête idiot, tu te prends pour qui ? Quels droits tu as de me faire ça hein ?

-          Je t’aime.

-          Ça a l’air évident pour toi.

-          Ben ça l’est. »

 

Le pire c’est qu’il croit vraiment qu’il peut tout faire, disposer de mon corps comme bon lui semble parce qu’il m’aime. Voici le grand Usami Sensei dans toute sa splendeur.

 

« 

-          Mais qu’est-ce que tu fais ?

-          Je te prends dans mes bras. Ta colère me rend tout chose.

-          Mais ça va pas, on est en plein après-midi.

-          Et alors ?

-          Tu oses dire « et alors »… je sais pas ce que je vais faire de toi…

-          M’attacher à ton corps ?   

-          Raaah tais-toi »

 

Vous comprenez mon calvaire…Aaaah c’est horrible, plus il me touche comme ça et plus ça m’agace…Quoi je ne suis pas crédible ? Ok, j’aime ça, mais jamais je ne l’avouerai. De toute façon…oooh, je ne peux plus penser.

 

* * * *

 

Ah ! Que je suis bien sous les couvertures. Elles portent son odeur et la fumée de ses cigarettes préférées emplissent l’air. Mais je dis des trucs de filles là ! Oh, Takahiro, je suis tellement désolé…peut-être qu’un jour je pourrai te dire notre situation…

 

« 

-          Je dois continuer un texte, je retourne travailler.

-          D’accord, mais ne te couches pas trop tard.

-          Tu t’inquiètes pour moi ?

-          Pas vraiment… enfin… je ne voudrais pas te ramasser à la petite cuillère…

-          Tu es trop mignon quand tu rougis comme ça.

-          Je ne rougis pas !

-          On dirait un petit chat en colère !

-          Vas donc retrouver tes nounours, moi je descends.

-          Misaki ?

-          Hum ?

-          Je t’aime.

-          Ah mais arrête de dire des trucs aussi embarrassants !

-          Je t’aime.

-          Je pars ! »

 

J’ai l’impression que je ne vais pas vieillir beaucoup à force de le côtoyer. Mais j’avoue que je suis heureux d’être à ses côtés. Il y a longtemps, nous avons dû, enfin j’ai dû, me confronter à une cour harassante de Haruhiko-san, son frère. Peu importe où j’allais, je me faisais toujours surprendre par lui et il me répétait et répétait qu’il m’aimait. J’ai été piégé par Isaka-san mais d’un côté, j’ai pu le repousser proprement et dans les règles. Usagi-san est alors entré dans la pièce et il était tout content. Ses yeux brillaient comme devant une vitrine de nounours. Je vous jure !

Bien des choses se sont passées depuis lors car ma vie avec Usagi-san est trépidante. Il m’arrive des choses que je n’aurais jamais crues possibles. Mais je commence à ne plus être surpris, l’impossible devient possible avec lui. Le quotidien autrefois ennuyeux est devenu mouvementé et intéressant depuis que je suis avec lui. En ce moment je suis en vacances et je n’ai que mon petit boulot pour occuper mes journées.

Dans mon carnet, notre date d’anniversaire approche. Alors je réfléchis à ce que je pourrai lui offrir et je veux trouver le courage de mener à bien mon projet. Je ne veux pas être présomptueux mais je sais que le meilleur cadeau que je pourrai lui offrir serait mon corps. Même si je le lui donne assez souvent…euh non…en fait il se sert tout seul.

J’ai bien tenté de lire ses romans, il y a quelques temps, mais je ne peux définitivement pas. Ce doit être le fait de lire. Je pense qu’il ne faut pas que j’ai cela en tête sinon ça me bloque complètement.

 

Aizawa-san doit passer demain pour récupérer le manuscrit donc elle va rester un petit moment… Il faut que je profite de ce temps et que j’aille dans ma chambre. Oui, je sais, je peux le faire n’importe quand mais là, je suis sûr qu’Usagi n’entrera pas et donc, je pourrai réfléchir convenablement à mon plan. Je dois me dépêcher de régler les détails…

 

** Le Lendemain **

 

Voilà, je suis tranquillement à mon bureau. J’ai étalé devant moi une feuille qui n’attend que des mots pour prendre vie. Je suis victime du syndrome de la page blanche, est-ce que Usagi y est souvent confronté ? Aaaah, je ne dois pas penser à lui… je n’y arriverai jamais. Je réagis comme une collégienne amoureuse… Mais c’est vrai que je suis amoureux. Aaaaaah, je ne ferai pas de vieux os, heureusement que je suis seul.

Bon alors, je sais, j’ai trouvé. Il faut que je trouve un grand carton, que je le décore comme si c’était un énorme gâteau d’anniversaire. Je le poserai au milieu du salon quand il sera absent et il le trouvera à son retour. Il faut que j’achète un nouveau nounours et que je lui mette une pancarte avec écrit « Ouvre-moi ». Je l’accrocherai sur un des battants sans que ça gène la fermeture. Moi, je serai nu à l’intérieur avec un ruban autour du cou, comme la peluche. Mais je me cacherai sous des confettis que j’aurai découpés. Hop ! Je rajoute une paire de ciseaux à acheter.

Je dois aussi penser à préparer à manger quand même, pas question de faire un restaurant, surtout que je ne pense pas qu’il me laissera sortir une fois qu’il me verra comme ça… Aaaah, j’en rougis d’avance. Donc, je lui ferai des saucisses en forme de poulpe et des onigiris fruitées.  Niveau décoration, je ne pense pas faire quelque chose de recherché vu que je mise sur le carton. Cependant, il faut que je pense à bien faire tous les détails sur celui-ci : de la couleur pour la crème et la pâte, des bougies, des paillettes sucrées… Quelque chose de bien kitsch mais qu’il aimera sûrement.

Bon, ma liste est faite. Maintenant, je dois la ranger et savoir où je pourrai entreposer le carton quand je m’en serai procuré un. Je sais, il ne va jamais dans la buanderie, c’est parfait. Je lui en ai interdit l’accès quand il avait essayé de faire une machine… nous avons été inondés et de la mousse avait coulé jusqu’au salon. Il n’est vraiment pas doué !

J’espère vraiment pouvoir y arriver à temps et que ça lui fasse plaisir.

 

« 

-          Misaki ?

-          Oui ?

Je sors vite de ma chambre pour lui éviter de monter.

-          Je dois aller au bureau, je ne serais pas long.

-          Ah d’accord.

 

Chouette, je vais pouvoir partir à la chasse au carton.

 

-          Ne sois pas trop triste, je reviendrai vite.

-          Je ne suis pas triste.

-          Hm, à tout à l’heure.

-          À tout à l’heure. »

 

Comme à son habitude, il m’ébouriffa les cheveux.

 

J’attendis cinq minutes pour sortir à mon tour. Je savais où trouver ce dont j’avais besoin. Alors, je me mis en quête. Je ressortirais pour me procurer les fournitures car je ne pense pas pouvoir tout porter en une fois.

Tu vas voir Usagi-san, je vais te surprendre et là, tu me traiteras comme un homme, héhé !

 

 

** Quelques jours plus tard, dans le salon **

 

Qu’est-ce que j’ai chaud là-dedans, heureusement que je suis nu sinon je me serai déjà liquéfié. Usagi devrait rentrer d’ici quelques minutes, il avait une réunion donc je suis sûr qu’il va vite revenir. J’ai pu bien travaillé sur mes préparatifs même s’il y a eu des moments où je pensais qu’il allait tout découvrir. Je ne suis pas doué pour les mensonges donc j’essayais d’esquiver ses questions. Il se demandait pourquoi je m’enfermais dans la chambre, pourquoi j’avais des coupures aux doigts, pourquoi il y avait du bruit… Un vrai policier comme dans Un onsen brumeux et la nourriture délicieuse, un de mes thrillers favoris. Sauf que s’il découvrait, ça ne serait pas génial.

Ah, la porte s’ouvre, j’entends ses pas…Quoi ? D’autres pas ? Non ce n’est pas possible… C’est trop tard, je suis foutu, je ne peux pas me sauver. Faîtes qu’il n’ouvre pas le paquet…

 

« 

-          Usami-sensei, ne me dis pas que Chibitan ne t’accueille pas alors que c’est votre anniversaire…

 

Geeeh, Isaka-san. Non pas lui !

 

-          Misaki ?

-          Il devrait être là, en tablier pour dire « Okaeri » à son homme…

-          Oh ! Un paquet.

-          Waouh, vise le gros cadeau. Je me demande ce qu’il peut y avoir à l’intérieur…

-          N’approche pas, c’est à moi de l’ouvrir.

-          Oh s’il te plaît.

 

Non, pitié. Je t’en prie Usagi, n’ouvre pas.

 

-          J’ai dit non.

-          Que tu es froid !

-          Misaki ? T’es pas là ?

 

Si, à quelques centimètres…

 

-          Alors tu l’ouvres ?

-          Non, pas tout de suite.

 

Heureusement que je me suis fait des trous pour respirer…

 

-          Alors, tout se passe bien avec Chibitan ?

-          Ça ne te regarde pas.

-          T’es vraiment pas sympa ce soir. Ne t’inquiète pas, il va bientôt rentrer. Tu veux que j’attende avec toi ?

-          Pas spécialement. Rentre.

-          Mais.

-          Pars.

-          Ralala toujours aussi asocial.

-          Je suis allé à la réunion et tu viens squatter chez moi en plus, tu en demandes trop.

-          Très bien, très bien. Passe le bonjour au petit.

-          Hm. »

 

Pfiou, j’y ai échappé belle. Faut plus que je fasse de choses comme ça. C’est trop dangereux. Foutu anniversaire. Bon, la suite du programme.

 

« - Ouvrez-moi… On se croirait dans Alice au pays des merveilles… »

 

Ouvre et tais-toi !

 

Ah, il enlève le nounours et soulève le premier battant. Je sens l’air frais qui s’engouffre un peu. Il enlève tous les confettis en quelques secondes. Dire que j’ai mis des heures pour que ça remplisse tout… Hiiii ! Il a touché mes cheveux.

 

« - Hum ? Oh ! Misaki mais ?

-          Joyeux anniversaire ! !

 

Je me suis soulevé d’un coup pour faire voler les bouts de papiers et lui faire peur.

 

-          Oh ! ! Hihi.

-          Pourquoi tu rigoles ?

-          Tu es trop mignon.

-          Allez, te moques pas.

-          Non c’est vrai. Tu viens de réaliser un de mes fantasmes et c’est franchement mieux en vrai.

-          Usagi-san !

-          Merci de me séduire autant. Ça me donne envie de profiter de mon cadeau…

-          Mais j’ai préparé le repas.

-          C’est de toi dont j’ai faim pour le moment. »

 

Je l’aurais parié !

 

D’un seul coup, je suis soulevé et j’atterris dans ses bras. J’essaie bien de me débattre mais sa prise est vraiment ferme. Il m’embrasse tout en montant les escaliers… Le dîner devra attendre…

 

* * Le matin suivant * *

 

Aaaah, je ne peux pas m’asseoir ! Teme Usagi ! Il y est allé fort hier. On l’a fait plusieurs fois. Et il n’arrêtait pas de me remercier pour le beau cadeau que je lui avais offert. Je suis heureux qu’il en soit autant content. Il devra se souvenir de ça parce que je ne le referais pas de sitôt. Il m’a demandé ce que je voulais mais je n’ai pas répondu. Quand il me l’a susurré de sa voix douce, je sentais que la réponse « être avec toi pour toujours » aurait pu s’échapper de mes lèvres. Mais heureusement, je me suis retenu… Je lui ai dit que je l’aimais. Et ce fut vraiment super.

Je le regarde manger et cette matinée est vraiment magique, je me sens comme dans un rêve. Peut-être que je pourrai lui dire…

 

« 

-          Usagi-san ?

-          Hm ?

-          Tu sais… pour ce que tu m’as demandé hier soir…

-          Oui…

-          Eh bien…euh…ce que j’aimerais c’est…qu’on puisse toujours être ensemble…Ne souris pas, ne te moque pas.

-          Merci.

-          Hein ?

-          Merci Misaki, tu me rends heureux. Je ferai tout pour que ça se réalise. »

* * Une semaine plus tard * *  

 

«  Nos corps partageaient leur chaleur, leurs fluides et, dans le silence de la nuit, Misaki, la voix pleine d’émotions, souhaita que nous puissions toujours nous retrouver ainsi… »

 

Noooooooooooooooooooooooooooon, je vais le tuer !