Fanfic Under Grand Hotel ^o^

 

Dans les profondeurs de cet univers trouble émanant la violence, le sang et le vice ni bien ni mal ne semblaient exister. Le temps n'avait ni cours ni importance. Les murs suintaient la Douleur. L'atmosphère était lourde : chaque bouffée d'air paraissait emplir les poumons de plomb massif.
Le silence assourdissant de la nuit n'était brisé que par une respiration profonde et haletante et quelques bruits métalliques. L'acier du lit frappait le mur, l'effritant chaque fois un peu pus un peu plus. Ses mains puissantes retenaient sans difficulté le corps mouvant, désarticulé par un plaisir dévastateur. Non, il ne contrôlait plus rien, mais au fond qu’importe. Il sentait le corps de l'homme qu'il aime se presser contre le sien, véhiculant cette volupté entre les deux corps. Pouvait-il vraiment parler d’amour ? En avait il le droit ? Pouvait-il seulement l’aimer ? Probablement. Sinon comment nommer cette attraction éprouvante qui les liait ? Une entente... Non le mot manquait cruellement de force et sonnait si faux. Amitié ? Trop tiède...
Il se cambra violement. Le corps sait transmettre des messages que le langage ne saurait même pas approcher. Oui il se laissait aller mais pas sans réticence. Les sentiments qui le liaient à Sword le brûlaient certes mais par la glace. Et si entre les deux hommes se tissaient une complicité forte, un courant apparemment invincible les dévastait. Leurs convictions se voyaient réduites à néant devant l’autre. Ils commençaient à perdre leur individualité pour devenir une entité.

Mais était-ce vraiment le moment de se poser ce genre de question ?  Cette soirée était effectivement spéciale comme ils se l’étaient tacitement promis la veille. Mais il fallait reconnaître que la saint Valentin habituellement reconnue pour être une fête commerciale n’avait pas la même saveur à Under Grand Hotel. Il n’était bien sûr pas question de chocolats, cadeaux et autres artifices brillants et festifs. Ils voulaient simplement passer une soirée différente des autres. Trouver somme toute un prétexte pour être heureux.

C’était fini, déjà. Mais sa soif de lui n’était toujours pas étanchée. Il se rapprocha, doucement, imperceptiblement et l’embrassa sans aucune vulgarité, sans intentions sensuelle, mais simplement pour partager quelque chose de doux l’espace de quelques secondes trop vite passées.

Ils ne pouvaient rien dire, le moment perdrait inévitablement de sa valeur. Il n’y avait rien à dire. Le monde, les mots et le langage, même leurs crimes semblaient lointains.

Alors ils s’allongèrent face à face se perdant dans les yeux de l’autre. Perdant une part de leur humanité, se hissant au summum de la finesse et de la subtilité. La différence entre le raffinement décalé et la brutalité bestiale était mince en ces circonstances.

Ils finirent par rire, assez gêné finalement de ressentir un sentiment pareil en un tel lieu. Ils commençaient seulement à prendre conscience de la situation, de son ridicule : Ils s’aimaient partagés, dévastés par un courant d’émotions infiniment humaines. Pourtant ils étaient sales, collants de sueur et avaient couché ensemble devant un autre bagnard, celui de la chambre d’en face. Ils se couvrirent de la couverture tâché et rêche. Il n’y avait rien de romantique dans ce moment. Il n’était pas si privilégié. Certes cela semblait définitivement bas et grotesque. Ils envièrent alors simultanément les gens libres qui pouvaient s’aimer avec un minimum de dignité.

Les seules lumières qui les éclairaient étaient de petites diodes rouges donnant une allure sordide à leurs corps fatigués. Ils ne pouvaient pas savoir que la lune brillait d’un éclat bleu, trônant parmi les étoiles dans un ciel lumineux clair et dégagé. Presque autant que leur situation était trouble et embrumée.

Dans un autre lieu, dans un autre temps, la scène aurait pu être magique...