Exquise Appartenance

 

 

Insensible à son délire, je subissais inlassablement ses envies. Qu’importait désormais le moment, l’endroit où nous nous trouvions. Il ne pouvait se contrôler. Nous mêler chaque jour, nous enlacer à chaque instant.

Il ne pouvait me délaisser, ni même m’agacer. Jumeau, il punissait chacune de mes craintes avec envie, se nourrissait de mon fruit. De ce parfum de mangue sucré, sa démence s’amplifiait. Il répétait m’aimer, je ne faisais que nier ce jus qu’il essayait de presser.

De mon être, de mon corps. Il aspirait notre obscénité, savourait notre inceste. Je me désespérais à être enivré. Il me persécutait, m’assenait de l’aimer.

Mais je ne pouvais m’y résigner.

Mon frère, mon sang, ma chair. Mon double. Je ne pouvais le supporter, je ne faisais que me blâmer. Mon âme toute entière déchirée, détachée de mon corps souillé. Masaya ne pouvait comprendre ce que je ressentais lorsqu’il me prenait. Il ne savait ce que je pensais. Mon frère jumeau, une enveloppe charnelle dédoublée. Impur. Exécrable. Terrible. Je n’osais le regarder. J’étais pétrifié, mon corps se putréfiait. Mon amour se consumait.

Pourtant, je lui offrais mon doux fruit chaque nuit.

Masaya savourait, se délectait. Toujours, il en profitait.

Et me prenait.

Insensible à sa folie, je m’effondrai. Dernier spasme, il se détournait. Je feignais, il retournait dans sa chambre. La porte se refermant derrière lui, je pleurais chaque nuit. Toujours. Comme un rituel de nos baisers. Je subissais chacune des ses envies, me sacrifiait pour l’être aimé. Mon frère, mon sang, ma chair. Je n’osais m’en détourner.

 

 

Est-ce que l’amour s’est réveillé d’un cri annihilé ?

 

 

J’étais seul en tort. Effrayé, je me renfrognai. Jamais je ne protestais, il croyait que je l’aimais. À l’école, je l’évitais. À la maison, je feignais. Je mentais, je me persécutais à tout refuser. Et lui, il ne comprenait jamais.

Il me souriait, me caressait. M’aimait si intensément. Je fermais les yeux, j’éteignais mes sentiments. Espérais que tout se finisse. J’étouffais de devoir lui mentir. Je riais à ses côtés. Je mentais. Je ne faisais que cela. Mentir à son corps, mentir à mon cœur. Il ne comprenait, continuait de m’aimer.

Mais une nuit, il m’entendit pleurer.

Tout a une fin.

Celle que j’attendais arriva enfin.

Au matin, il ne me regarda plus. Son sourire avait désormais disparu. Il m’ignora. Intensément, Masaya partit. Ailleurs, très loin. Il s’échappa. Allant trouver les bras d’un autre. Je ne le connaissais plus, il m’évitait. Il me détestait. Et chaque soir, il rentrait tard. Nos parents grondaient. Je désespérais. Mais lui s’en foutait.

Il partait se réfugier dans des bras inconnus. Des bras que bientôt j’imaginais. Des bras que lui-même enlaçait. Il partait, disparaissait. Me haïssait désormais.

Et un jour, je me pris à regretter.

 

 

Est-ce que mon cœur est devenu fou ?

 

 

J’avais offert mon amour à cette personne. Je lui avais légué le seul être qui m’appréciait. À cet inconnu. Son corps. Son cœur. Son âme. Mon frère.

Et je compris à quel point j’aimais Masaya.

Dans ma chambre, seul, je continuais de pleurer. Ce n’était désormais plus contre l’amour de mon frère mais pour celui perdu de l’être aimé. Dans le noir, le corps frissonnant entouré par l’hiver. Par la fenêtre ouverte. Par le froid de mon cœur, le vide de mon corps.

J’essayais de tuer ce fruit qu’il avait tant goûté. Cette mangue qu’il avait tant apprécié, que je m’étais tant évertué à lui refuser. Je me perdais. J’essayais de me délaisser de mon jus. Pétrifié, j’essayais de flétrir. Lentement. Dans cette nuit passée seul. Toujours seul.

Mon corps me faisait défaut. Il tremblait, repensait à tous ces baisers. Et lorsque je me masturbais, un seul nom me faisait effet. À le répéter si souvent, chaque nuit. Bien qu’il ne soit plus avec moi. Inlassablement. Mon corps pourri répondait, se délectait.

Et se rappelait.

Il se souvenait de chaque geste, de chaque caresse. Celles que mon esprit avait tant essayé de détester alors que mon corps les savourait. Toujours, j’avais haïs ses caresses sans jamais comprendre combien je les appréciais. Tout le temps. Chaque inutile nuit à pleurer. Et à maintenant me faire détester.

 

 

Est-ce que mon corps restera toujours sensible à ses baisers ?

 

 

Je souffrais, mon corps pleurait de ses baisers. Et lui dans les bras d’un autre. Et lorsque j’étouffai mon orgasme, ma porte s’entrouvrit. Tout d’abord un regard choqué, il se glissa dans la pièce. Balbutiant qu’il m’avait entendu l’appeler. Il scrutait mon corps spasmodique, mon sperme éparpillé sur mon ventre et ma main. Eberlué, il me fixait.

Je me cachai. Reniflai mes dernières larmes, avalant profondément mes souffrances. Un visage stoïque, je le voyais comprendre. Petit à petit alors que son visage s’obscurcissait, il avançait. Doucement.

Puis il m’enfonça dans les draps.

Trop longtemps à attendre qu’il me revienne. Trop longtemps à regretter mes gestes. Il m’embrassait, croquait dans la chair sucrée. Aspirait mon jus. Avalait mes souffrances. Tout se dispersait. Ma tête tournait. Je ne pouvais refuser. Asphyxiant de le retrouver, je me comblais.

Désormais sensible à ses envies, j’en profitais, me délectais moi-même de lui appartenir. Je savourais chaque parcelle de son corps. Il imprimait son amour sous ses intenses caresses. Me blessait de sa tendresse. Je lui soufflais des excuses, il m’enlaçait. Il m’appréciait.

Il m’appartenait.

 

 

Est-ce que je deviendrais fou de l’aimer ?